Interview World Street Art

8 Avr

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Interview by Tonio – 6 mars 2013

http://www.worldstreetartbyelcommendatore.com/martin-parker/

HIER
Un artiste en particulier qui t’a donné envie de te mettre au graff?

Lorsque j’ai rencontré «Asphalt» (créateur des Paris City Painters) j’ai eu une véritable révélation à la vue de son travail.
C’était la première fois de ma vie que je voyais du lettrage américain. C’est lui qui m’a fait découvrir le «Wild Style» made in New York. Ce gosse des beaux quartiers qui, lui, avait eu l’opportunité de voyager avait importé le graffiti des States. Je pense que c’est par ce petit noyau d’artistes qu’étaient «Asphalt», «Spirit» et «Mambo» que la fabuleuse Histoire du post ou néo graffiti des années 90 et enfin du Street Art d’aujourd’hui a commencé en France.

Pas trop dur de garder son identité, son origine de graffeur quand on est dans une école comme « School of Visual Art » en plein Manhattan ?

Je ne te cache pas que ça a été une vraie torture. La publicité et le design m’emmerdaient copieusement. Je ne voulais entendre parler que d’installation et de performance tant j’excrétais l’état d’esprit qu’on nous insufflait. Je n’avais pas vraiment le profil pour être dans cette école mais j’y ai appris à manier certaines techniques qui font une fois pour toute partie de ma boîte à outils.

Des collaborations qui te restent en tête ?

Ma rencontre avec le collectif «Faile» de Brooklyn qui m’a montré le collage et m’a initié à l’ »Appropriation Art » a été déterminante.
Plus tard le rapprochement avec le collectif LTVS squad m’a beaucoup appris sur le fait de mieux choisir mes lieux de strike.

Regrettes tu cette ambiance qu’il y avait à l’époque où tu graffais dans le métro ?

Malgré les très bons souvenirs et les montées d’adrénaline mémorables de l’époque, très honnêtement, je ne regrette pas cette période «Rough» très hormonale et à vrai dire, assez peu intellectuelle…
En ces temps où la préoccupation principale était de poser plus gros et plus haut que les autres, disons que j’ai appris les techniques de base et que j’ai pu développer cet indispensable sixième sens.

AUJOURD’HUI
Pourquoi ne pas suivre le mouvement de démocratisation et de commercialisation du street art ?

Pour que le Street Art soit démocratique il doit descendre dans la rue et avant tout y rester.
Toute œuvre de Street Art extraite de son contexte n’est plus une œuvre de Street Art. Je n’ai rien contre les artistes urbains qui sont représentés en galeries, leur démarche est respectable (d’ailleurs, j’adorerai avoir un Jonone chez moi…). Il faut juste ne pas se tromper sur les mots. D’ailleurs, peut être faut-il en inventer un afin de mettre un terme à cette éternelle polémique : appelons «Street Art» ce qui reste dans la rue et «Néo-pop-urbain» ce qui descend en galerie et en salle des ventes…

Être dépendant du marché de l’Art quand on est Street Artiste est pour moi totalement antinomique. C’est une réelle perte de liberté qu’on le veuille ou non. Je reste persuadé que l’obligation de produire aliène la passion de créer et c’est encore plus valable dans le cadre d’un art outsider comme l’art de la rue.

Ta vision du street art à l’heure actuelle ?

Je trouve que le Street Art contemporain est très axé sur l’Académisme. On voit des choses sublimes mais très art-décoratif à mon goût, trop figuratives et pas assez défiguratives. l’Art de rue doit avant tout rester de l’activisme même si c’est de l’activisme social.
On sent que tout cela aspire à se retrouver dans un salon du collectionneur entre un Combas et un Vesselman. Un artiste comme Rero (que j’aurai préféré découvrir dans la rue plutôt qu’en galerie) à une vision minimaliste aiguisée et très juste. Un artiste comme Mark Jenkins à un œil résolument contemporain. Invader est un inventeur au sens propre du terme. Ils sont tous trois véhiculeurs de sens.
Je pense que le Street Art de demain a déjà pris cette direction, une direction axée sur le fond, du vrai Street Art avec des vrais morceaux d’idéologie à l’intérieur.

L’un des Banksy à été détaché du mur et « volé » dernièrement en Angleterre…
Qu’est ce que tu en penses ? Est ce que l’œuvre une fois posée dans un lieu public,
appartient toujours à l’auteur ?

Je pense que les services Marketing de Banksy ne savent plus quoi faire pour qu’on parle de la marque.

En ce qui concerne ta deuxième question, il me semble indiscutable qu’une œuvre réalisée dans la rue doit être littéralement abandonnée comme une offrande au public qui doit en faire ce qu’il en veut.
C’est une image en «copyleft» offerte au passant.
Le contraire serait anormal, c’est comme tous les gens inscrits sur Facebook qui s’inquiètent de l’utilisation de leurs informations. Quand on s’y inscrit, on accepte d’auto-violer sa vie privée, sinon, on ne s’inscrit pas…

Comment t’es venu l’idée de placer les «Dance Traffic Signals» lors de la panne de courant à NY ?

Lorsque j’ai constaté le blackout à New York je n’avais jamais vu Brooklyn sans une seule lumière.
J’avais réalisé pour une installation présentée au «Toile All City», Festival d’Art urbain Mexicain des prototypes de boitiers lumineux affichant «Dont’walk – DANCE» en lettres lumineuses fonctionnant sur batteries. L’occasion était trop belle de les installer en plein carrefour à l’angle de la 7ème avenue. À l’abri des lumières de la ville, ils constituaient les seuls points lumineux du quartier !…

Des sources d’inspiration particulières ?

Greenpeace est  pour moi un grand modèle par ses actions coup-de-poing pacifistes et son souhait de vouloir garder son indépendance.
Parmi mes sources d’inspiration se trouve curieusement un graphiste, mais un graphiste qui pratique la négation même du graphisme : Roman Cieslewicz. J’ai toujours apprécié son absence de bavardage.
Le mouvement «Hacktiviste Anonymous» a été également pour moi d’une grande influence.
Mon Art d’aujourd’hui se nourrit plus de l’actualité politique et sociale que de l’influence des courants artistiques.

Qu’est ce qui te pousse à intervenir sur tes différents sujets ? (Hôtel W de New York, Banque Lehman Bro
thers…)
En 2004 nous étions tous concernés par les élections américaines. Nous ne voulions pas d’un second mandat de Bush, il fallait marquer le coup.
Nous avions des complicités à l’hôtel W de New York où nous avons placé en applique sur l’enseigne de l’hôtel une cocarde barrant le W (ce qui constituait précisément le logo «No Bush» arboré par la plupart des militant de l’époque. Habillés d’uniformes du personnel, nous avons ensuite agit au cœur de l’hôtel en remplaçant les rouleaux de papier toilette dans plusieurs suites et chambres par du papier à l’effigie de George W.
Curieusement,c’est la découverte du papier toilette qui alerta la direction ne découvrant le détournement de leur enseigne que quelques heures plus tard…

Pour Lehman Brothers, nous savions que les derniers biens, matériel et œuvres d’Art allait être vendus aux enchères chez Sotheby’s et Christie’s. Nous guettions le démantèlement de l’enseigne principale et lorsque les techniciens et les nacelles arrivèrent, nous sommes tout simplement allés les voir en leur expliquant exactement le projet  : nous voulions inverser quelques lettres de l’enseigne pour y inscrire l’anagramme «Heal Throes» comme si la banque fossoyeur de notre économie pouvait encore guérir de sa propre agonie.
Nous leur avons dit que nous voulions juste faire une photo et tout démonter après, ils étaient tellement amusés par l’idée qu’ils nous ont laissé la nacelle : l’installation éphémère resta visible plus de 2 heures !

Une cause qui te tient à cœur en particulier?

J’adhère assez à la philosophie de l’ancien maire de Londres Ken Livingstone face au manque de moralité de la finance : il propose de «pendre un banquier par semaine jusqu’à ce que les autres s’améliorent»
Quand on sait que chaque année, le système financier international tue plus de gens que la seconde guerre mondiale, je crois que la moralisation du monde de la finance est une cause qui vaut la peine d’être défendue.

Dur de garder son anonymat ?

En effet, j’ai du changer 6 fois d’identité d’artiste en 20 ans pour ne pas être inquiété, mais ça, c’était plus durant ma période “graffiti artist”. Pour rester anonyme, il faut se prêter à une réelle discipline stricte, s’entourer de peu de gens qui soient de confiance et ne pas déroger à cette règle : ne JAMAIS apparaitre !

Ton support et ta technique préférée ?

J’adore vraiment le “Wheatpaste”. C’est une technique simple et qui peut être réellement spectaculaire bien que depuis peu, nombreux sont les Street Artistes qui l’utilisent.
Je commence donc à m’intéresser de près aux nouvelles technologies.
La rétro-projection ou le “electronic hacking” par exemple peut être vraiment payant.
L’intervention de messages détournés sur  les panneaux de signalisation électronique de la North American Highway furent de purs moments de rigolade et d’excitation…

Peux tu nous expliquer le but et la finalité de la « Nasty Urban Piracy » ?

Le concept de piraterie urbaine que j’ai développé depuis 2001 a fait des émules. Il m’arrive fréquemment de recevoir par mail des “Sticking Actions” réalisés par des fans à l’autre bout du monde s’inspirant de certains de mes thèmes. Nombreux furent les panneaux Stop ou les “Traffic Lights Buttons» détournés vus sur le net et les réseaux sociaux. Fidèle au concept d’Appropriation Art, je trouve fantastique que les gens puissent confisquer un concept et le traiter à leur manière et ainsi, le faire voyager. Si le mouvement prend de l’ampleur, Il s’agirait d’un gigantesque courant d’Art Participatif. L’idée d’un art totalement démocratisé comme l’a compris JR avec son projet “Inside Out” m’excite terriblement…

DEMAIN

Beaucoup d’interventions aux États-Unis…A quand la France ?

C’est un projet on ne peut plus d’actualité!… Quelques actions menées déjà en 2012 bientôt à paraître sur mon blog et de futurs interventions dont le repérage a déjà commencé. Mais je ne donnerai aucun rendez-vous ! Les strikes toujours très éphémères seront visibles par le passant qui aura la chance d’être là, et puis il y aura toujours le témoignage photographique.

Planning chargé en 2013 ?

L’ Europe sera mon champs de bataille, puis, mon irrépressible besoin de reconstitution me poussera à réaliser quelques installations qui seront présentées dans des centres d’Art aux États-Unis, mais là, on ne parle plus de Street Art…

Des nouvelles techniques en vue ?
Internet me semble un terrain de jeu encore plus vaste que notre planète à proprement parler!…

Quelque chose à rajouter ?

Le Street Art du 21e siècle se doit d’être plus alternatif que figuratif, plus critique qu’esthétique, plus théâtral que pictural. Le reste, appartient aux émissions de déco sur M6.

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2 Réponses to “Interview World Street Art”

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  1. 2013 – Common Places project – France | martin parker - 14 avril 2013

    […] Martin Parker est à Paris ! […]

  2. 2013 – Common places project – Distributeur de pierres pour lapidation en place publique | martin parker - 25 mai 2013

    […] à nous en souvenir. Cela passe bien sur par des actions fortes et fatalement dérangeantes. Les artistes urbains ne sont pas que des chefs-déco au service de l’urbanisme. Ils ont dans le combat contre les […]

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